Budapest devant la CJUE : le jugement rendu implique « pratiquement » de soutenir la traite des êtres humains

La ministre hongroise de la Justice, Judit Varga, a accusé les juges de la Cour de Justice de l’UE de contraindre Budapest « à pratiquement soutenir la traite des êtres humains ».

EURACTIV avec l'AFP
EU Ministers of General Affairs meet in Luxembourg
La ministre hongroise de la Justice, Judit Varga, donne une conférence de presse lors d'un Conseil des affaires générales à Luxembourg, le 22 juin 2021. [JOHN THYS/EPA]

La ministre hongroise de la Justice, Judit Varga, a accusé les juges de la Cour de Justice de l’UE de contraindre Budapest « à pratiquement soutenir la traite des êtres humains ». Cette accusation fait écho à un jugement qui a estimé que la loi hongroise de 2018 menaçant de peines de prison toute personne aidant les demandeurs d’asile avait violé les règles du bloc.

« Dans son jugement, la Cour de justice de l’Union européenne a déclaré quelque chose que nous n’aurions jamais osé penser. Aujourd’hui, nous sommes pratiquement contraints à soutenir la traite des êtres humains », a écrit Mme Varga sur Twitter en réaction au jugement rendu public ce mardi 16 novembre.

« Que se passera-t-il ensuite ? Les États membres seront-ils punis simplement pour avoir protégé le continent de la migration de masse ? », a-t-elle ajouté, soulignant une fois de plus que la Hongrie « continuera à défendre l’Europe ».

Cette décision de la Cour est la dernière d’une série d’arrêts contre des mesures juridiques qui, selon le Premier ministre hongrois Viktor Orban, visent à défendre l’UE contre l’immigration illégale.

Dans un communiqué publié mardi 16 novembre, la Cour a également déclaré que la Hongrie avait « enfreint le droit de l’Union » avec sa mesure dite « Stop Soros », du nom du financier américain milliardaire né en Hongrie George Soros, depuis longtemps la « bête noire » de M. Orbán.

« La criminalisation de ces activités empiète sur l’exercice des droits garantis par le législateur européen en matière d’assistance aux demandeurs de protection internationale », indique la déclaration.

Le gouvernement hongrois a accepté le jugement, a déclaré son porte-parole Zoltan Kovacs dans un communiqué.

Il a toutefois ajouté que le gouvernement « se réserve le droit de prendre des mesures contre les activités des ONG financées par l’étranger, y compris celles financées par George Soros, qui cherchent à obtenir de l’influence et à interférer sur le plan politique, voire à promouvoir la migration ».

Parfois, Budapest respecte les arrêts de la CJUE, mais elle en a tout de même ignoré plusieurs.

L’année dernière, les autorités ont fermé des camps frontaliers après que la Cour eut jugé que leurs conditions équivalaient à une détention.

Mais ces mêmes autorités ont jusqu’à présent ignoré une décision condamnant la police pour avoir expulsé des demandeurs d’asile sans discernement et souvent avec violence.

Le Comité hongrois d’Helsinki, une association de défense des droits des réfugiés basée à Budapest, s’est félicité du dernier arrêt de la CJUE.

« Nous pouvons à nouveau servir nos clients sans craindre la prison », a confié sa coprésidente, Marta Pardavi, à l’AFP. Elle a également ajouté que l’ONG avait aidé 1 800 demandeurs d’asile depuis l’adoption de la loi de 2018.

Elle a appelé le gouvernement à abroger cette loi et à « ne pas saboter la mise en œuvre » de l’arrêt de la CJUE.